Parole :
Charles Baudelaire
Musique :
Laurent Boutonnat
Date :
1988
Album:
Ainsi soit - je
Horloge ! dieu sinistre,
effrayant, impassible
Dont le doigt nous menace et nous dit
" Souviens-toi " !
Les vibrantes Douleurs
dans ton cœur plein d'effroi
Se planteront bientôt
comme dans une cible ;
" Le Plaisir vaporeux
fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide
au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore
un morceau du délice
A chaque homme accordé
pour toute sa saison.
"Trois mille six cents fois
par heure, la Seconde
Chuchote :
Souviens-toi !
- Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit :
Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie
avec ma trompe immonde !
"Remember !
Souviens-toi,
prodigue Esto memor !
(Mon gosier de métal
parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre,
sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher
sans en extraire l'or !
"Souviens-toi
que le temps est un
joueur avide
Qui gagne sans tricher,
à tout coup !
c'est la loi.
Le jour décroît ;
la nuit augmente,
souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif :
la clepsydre se vide.
"Tantôt sonnera l'heure
où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu,
ton épouse encor vierge,
Où le repentir même
(oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira :
Meurs, vieux lâche !
il est trop tard !"